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L’apprentissage linguistique, comment faciliter l’employabilité des nouveaux arrivants 

  • 12 juin
  • 7 min de lecture

Dernière mise à jour : 17 juin


En 2026, le LISER relève qu’à peine 28 % des Demandeurs de Protection Internationale (DPI) et Bénéficiaires de Protection Internationale (BPI) trouvent un emploi au cours de leur première année d’installation au Luxembourg. Ce chiffre témoigne des nombreux obstacles auxquels les nouveaux arrivants doivent faire face sur le chemin de l’employabilité luxembourgeoise. Parmi ces obstacles, celui des compétences linguistiques se révèle particulièrement ardu. Souvent clé d’une intégration professionnelle réussie, l’apprentissage du français constitue un véritable défi, dont dépend la capacité des nouveaux arrivants à valoriser pleinement leurs compétences. Dans cet article, nous explorerons l’importance accordée par les employeurs au critère linguistique, ainsi que les limites des programmes actuels, avant de présenter les solutions proposées.

 

La maîtrise de la langue : le critère qui fait la différence

La maîtrise de la langue nationale la plus utilisée sur le marché de l’emploi local (au Luxembourg, principalement le français) se distingue comme un paramètre déterminant. Au Royaume-Uni, par exemple, la maîtrise de l’anglais chez les nouveaux arrivants accroît la probabilité de trouver un emploi d’environ 22 points de pourcentage. En Espagne, une différence significative d’insertion professionnelle est observée entre les nouveaux arrivants originaires d’Amérique latine (majoritairement hispanophones) et ceux provenant d’autres régions, qui connaissent un parcours plus lent.


Enfin, une enquête conjointe de la Chambre de commerce et d’industrie allemande (DIHK) et du ministère allemand du Travail et des Affaires sociales souligne la valeur accordée par les employeurs à la maîtrise de l’allemand. Bien que cette exigence croisse avec le niveau de qualification, elle demeure élevée même pour les emplois peu qualifiés. En effet, environ la moitié des employeurs interrogés affirmaient exiger au moins de bonnes compétences en allemand, y compris pour des postes faiblement qualifiés. Les compétences linguistiques sont essentielles, car elles conditionnent de nombreuses attentes des employeurs : communication, aisance à l’oral, travail en équipe, autonomie… Ainsi, des nouveaux arrivants disposant de compétences valorisantes peuvent se retrouver freinés dans l’accès à un emploi qualifié et subir un déclassement socio-professionnel.


Loin de ne constituer qu’un élément additionnel sur un CV, la maîtrise du français s’annonce alors comme un facteur important de l’employabilité des nouveaux arrivants, en particulier DPI et BPI, au Luxembourg.

 

Les défis liés aux programmes linguistiques

Les compétences linguistiques apparaissent donc comme la clé pour l’intégration professionnelle des nouveaux arrivants. Cependant, bien que le potentiel des cours de langue proposés aux DPI et BPI soit conséquent, celui-ci est freiné par plusieurs obstacles.


Le volume horaire

Pour assurer une réelle amélioration de l’employabilité, les nouveaux arrivants devraient suivre entre 300 et 800 heures de cours de langue1. À raison d’un cours par semestre, cela représenterait entre 2 ans et demi et 9 ans. Or, l’accès précoce à l’emploi est un facteur clé de l’intégration. Les cours intensifs peuvent constituer une alternative intéressante, mais ils représentent une minorité de l’offre et ne conviennent pas à tous les profils.


Le coût financier

Durant leur attente, les DPI ont la possibilité de participer gratuitement à des programmes d’alphabétisation si nécessaire, ou de français via le Service de la formation des adultes (SFA). Ces programmes n’ont toutefois pas vocation à constituer une solution à long terme, mais plutôt à introduire les participants à des éléments utiles à leur survie linguistique. Par la suite, les DPI peuvent bénéficier de bons distribués par l’ONA dans le cadre de l’assistance sociale. Ces bons réduisent le coût de nombreux cours à seulement 10 €, mais leur nombre est limité et ne permet pas d’atteindre le seuil des 300 heures. Face à un traitement des demandes pouvant dépasser deux ans dans les cas extrêmes, et environ un an et demi en moyenne, cette limite peut freiner considérablement l’insertion professionnelle.

Après acceptation de leur demande, les BPI connaissent une période transitoire, durant laquelle la responsabilité de leur accompagnement bascule de l’ONA à l’ONIS, période pendant laquelle ils n’ont accès qu’à une assistance très limitée. 

Finalement, en tant que BPI, il est possible d’accéder à ces bons via l’ADEM ou l’ONIS, sous certaines conditions et dans le cadre d’un projet professionnel. Dans le cas de l’INLL, un seul bon peut être utilisé par semestre, empêchant la combinaison de plusieurs cours. 


L’absence de structure

La place des associations dans l’apprentissage linguistique est très importante. Une grande partie des programmes repose sur des organismes externes au gouvernement, qui jouent un rôle indispensable. Sans remettre en cause leur contribution, il serait bénéfique que les associations aient accès à un financement stable et pérenne afin d’assurer la continuité et la stabilité des programmes complémentaires à l’offre actuelle.


Le manque de certification

Si certains cours débouchent sur une certification, ce n’est pas le cas de tous. Or, ce manque peut être pénalisant pour les bénéficiaires qui doivent attester de leur niveau.

Les certifications de niveaux de langue envoient un message positif aux potentiels employeurs. Non seulement ils constituent des preuves objectives de la maîtrise de la langue, mais ils prouvent également la motivation et la fiabilité de l’employé potentiel dans le pays hôte. De plus, certains emplois requièrent une certification officielle ou envisagent une certification linguistique comme une compensation à l’absence de diplômes locaux.


Des cours parfois peu adaptés

Si certains cours sont spécifiquement conçus pour ce public, d’autres accueillent un public plus large et ne sont pas adaptés aux besoins particuliers des DPI et des BPI. Il est donc possible qu’ils se retrouvent à suivre des cours aux côtés d’apprenants dont le profil diffère totalement du leur. Pourtant, les DPI et BPI présentent des particularités liées à leur parcours : traumatismes, scolarité interrompue, instabilité administrative… Autant d’éléments qui en font des apprenants aux besoins spécifiques1.

Malgré ces limites, les programmes linguistiques demeurent prometteurs, surtout si certaines solutions sont mises en place.

 

Le futur des cours de langue

Aujourd’hui, les consciences s’éveillent quant au rôle crucial des cours de langue destinés aux nouveaux arrivants. D’une part, leur santé mentale et physique entre en jeu, car la langue garantit une meilleure intégration. D’autre part, l’économie d’accueil (et par conséquent les acteurs locaux) en bénéficierait également : non seulement via une intégration plus efficace permettant aux nouveaux arrivants de cotiser, mais aussi parce que, en Europe, l’immigration constitue un acteur clé dans la lutte contre les pénuries dans des secteurs essentiels.


Afin d’augmenter l’efficacité des cours de langue, le Luxembourg pourrait entamer une nouvelle étape : l’évaluation. Il est nécessaire de rassembler des données pour mesurer l’impact des différents programmes et encourager le développement des plus efficaces1. L’exemple allemand peut constituer une source d’inspiration, dans la mesure où ses dispositifs ont servi de base à des évaluations comparatives permettant d’en dégager les pratiques les plus concluantes.


Au-delà de ce travail d’appréciation, le Luxembourg peut également s’inspirer de l’Allemagne dans la conception de programmes d’apprentissage linguistique ayant démontré leur validité empirique. En adaptant les programmes aux besoins spécifiques des nouveaux arrivants, en mettant en place des formations intensives obligatoires et en liant langue et insertion professionnelle, l’exemple allemand illustre de manière probante l’importance déterminante de la conception d’un programme d’intégration. Le gouvernement luxembourgeois avait déjà amorcé cette démarche dans son accord de coalition 2023-2028, une initiative prometteuse qui gagnerait à être davantage développée.


Au Luxembourg, ces propositions sont explorées par l’EFID à travers le programme PARLE. Conçu pour répondre aux besoins des bénéficiaires du REVIS ressortissants de pays tiers, ce programme allie cours de langue et professionnalisation. Les formations sont intensives et complétées par un coaching professionnel personnalisé, en collaboration avec des organismes d’affectation TUC pour encourager l’inclusion des bénéficiaires du REVIS. De plus, le programme fait l’objet d’une étude ECR afin d’évaluer son efficacité et de formuler des recommandations politiques précieuses pour l’avenir.

Pour conclure, la construction d’un programme linguistique est complexe mais particulièrement importante. Afin d’en garantir l’efficacité, il est intéressant de s’inspirer de programmes étrangers, mais il reste nécessaire d’évaluer et de travailler sur les programmes nationaux qui répondent aux spécificités du pays1. Chez SINGA, nous sommes témoins de l’engouement des membres de notre communauté, nouveaux arrivants pour les ateliers linguistiques pratiques (français et luxembourgeois). La majorité affirme d’ailleurs vouloir améliorer son français dans l’optique d’augmenter son employabilité. Sans constituer des cours à part entière, ces ateliers offrent un espace ludique pour pratiquer le français, quel que soit le niveau. Pour les participants, dont le quotidien ne permet parfois pas de pratiquer le français régulièrement (intégration sociale faible, résidents de foyers exclusifs DPI donc souvent sans francophones), ces ateliers conviviaux garantissent une occasion d’approfondir leur apprentissage. Cet exercice nous confronte directement aux défis de l’apprentissage linguistique tels que l’homogénéité des niveaux des apprenants, leurs situations parfois complexes, leur recherche de certification ou encore l’absence d’occasions récurrentes de parler français. Il est cependant impossible de nier leur détermination et leurs efforts. Le but n’est pas d’offrir une formation théorique mais davantage une solution complémentaire adaptée aux cours proposés et aux besoins de nos bénéficiaires. Nous espérons, à présent, que le domaine des programmes d’apprentissage linguistique saisira l’opportunité qui se présente et en profitera pour s’améliorer afin de proposer une offre à la hauteur des obstacles qui se dressent sur son chemin.



Bibliographie :


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